JANVIER 2006
A cette époque Huguette nous a présenté une amie d’enfance.
« Voilà, je vous présente Monique, cette amie d’enfance dont je vous ai parlée, que j’avais perdue de vue, puis retrouvée bien des années plus tard ! ».
Huguette est mon amie.
Le hasard nous a permis d’être sur le même chemin il y a quelques années.
Et depuis, notre amitié s’est construite naturellement et se confirme au gré du temps, en dépit de notre différence d’âge certaine (elle est à peine plus jeune que ma mère).
Ainsi, avec Huguette et quelques autres copines, s’est instauré une forme de rituel : nous aimons à nous retrouver autour d’une table, selon une fréquence variable, car satisfaire et réunir tout le monde n’est pas une tâche aisée.
Toute cette bande est très disparate, c’est là tout l’intérêt : il est évident que pour certaines, un repas ça va, trois jours ensemble, cela devient plus compliqué, tant les divergences sont existantes.
C’est comme une récréation, et le spectacle est à la hauteur du plaisir éprouvé.
Franche rigolade, bonne table sont toujours de mise et comme le dit la formule consacrée « il n’y a pas de mal à se faire du bien ».
Ces moments là font partie de ceux qui vous insufflent une bouffée d’oxygène, où le temps n’est consacré qu’à votre bien-être personnel, cette fameuse parenthèse égoïste, précieuse pour l’équilibre parfois.
Et maintenant, Monique vient d’agrandir la tablée !
Dès que je l’ai vue, instantanément je l’ai baptisée « Mamie nova » !
Petit bout de femme, blonde, lunettes qui glissent sur un petit nez, cheveux relevés et attachés en chignon. Coquette à souhait, et qui jacasse ……………… à en épuiser un régiment !
D’autant plus épuisante qu’elle excelle dans l’illogisme et la mauvaise foi personnifiée.
Dans ces moments là, mieux vaut en rire, ce que je ne manque pas de faire. Il est vrai également que le but est de passer un agréable moment, et les conditions s’y prêtent (copines, resto) : le rire ne peut que suivre (ce n’est peut-être pas l’avis général, mais ….., il n’y aura pas de mais !).
C’est seulement il y a 3 jours que j’ai appris le surnom donné par les dites copines « grain de sel ».
Il est vrai qu’elle a le don de débiter des énormités.
Mais, il paraît que c’est aussi ça les copines, se débiner les unes, les autres, c’est parfois leur truc. Ca existe, j’en ai fait le constat, sans compter les éclats qui de temps en temps se produisent, ce qui devient tout de suite nettement moins marrant.
Hormis ceci, Monique est loin de faire l’unanimité (on s’en doutait un peu). Pour ma part, elle me fait rire, tant elle peut être déconcertante et j’adore la chambrer (elle aime beaucoup ça). A ce jour, je ne l’ai jamais vue de mauvaise humeur et encore moins désagréable avec qui que ce soit. Il est difficile d’en dire autant de celles qui l’avaient affublée de « grain de sel », ces mêmes personnes ayant des théories (qui malheureusement ne resteront rien d’autre que des théories) très étayées, voire pompeuses sur l’amitié.
Ces escapades signifient 200 kilomètres au compteur (aller-retour j’entends). Depuis 6 ans, je fais ce chemin pour avoir le privilège de passer de bons moments avec les copines.
Autant dire que j’en ai envie et j’ai tendance à croire que les autres sont dans cette logique : le plaisir de partager rend disponible pour rendre communicative la bonne humeur.
Elémentaire et efficace.
Quand je rentre à la maison, je relate les anecdotes du jour à « cher et tendre », et nous prolongeons l’ambiance enjouée.
Je tire partie d’une certaine façon de la distance : elle me protège, quand je ressens le groupe un peu électrique, j’évite de m’exposer et j’attends le retour du calme (ou pas certaines fois) jusqu’à la fois d’après.
LUNDI 17 MARS 2008 – 11 H 30
J’appelle Huguette afin de confirmer notre repas du lendemain et de verrouiller les dernières modalités : je passe prendre A… à 11 h 30, puis je récupère J……… vers 11 h 45, et on se retrouve toutes au restaurant. Pour l’heure, je ne sais pas combien on sera.
« Allo, bonjour Huguette, c’est moi ! … » D’emblée je sais que quelque chose ne va pas, mais pas du tout, jusqu’à en frissonner …
« Monique est morte ! »
Complètement abasourdie, sonnée, c’est le brouillard. Je bredouille « Mamie Nova, mais comment … ?
Nous parlons, enfin plus exactement Huguette parle, et cela pendant plus d’une heure, et c’est ainsi que Huguette m’a appris le surnom de Monique « grain de sel ».
Lorsque je m’amuse à surnommer une personne, la dite personne est avisée, et tout le monde en profite. Or, à ma connaissance, je n’avais jamais entendu circuler ce « grain de sel » ?! (et pour cause).
Le temps ne nous appartenant pas, nous mettons, à regret, un terme à notre échange.
LUNDI 17 MARS – 17 H 30
Je rappelle Huguette, afin de prendre la température de son état d’esprit (ce qui veut dire de son moral) et surtout savoir comment procéder pour les fleurs (et là, bien entendu, je parlais au nom de nous toutes tacitement, toutes ces bonnes copines qui se sont aussi tapées la cloche avec Monique, ce qui me paraît une évidence).
« Tu es la seule à l’évoquer ….. » me lance Huguette. Je suis plus que surprise, d’autant que la plupart d’entre elles en ont connaissance depuis vendredi dernier, et rien ? …
Je suis sans voix. Huguette insiste par ailleurs pour que je ne soulève pas la question le lendemain, car elle souhaite l’annoncer à celles qui ne le savent pas encore (or, celles, se transforme en une qui ne le sait pas !).
MARDI 18 MARS – 12 H 30
Nous sommes toutes réunies autour de la table. A l’apéritif Huguette veut lever une dernière fois son verre au souvenir de Monique et des bons moments passés en sa compagnie ….
Je reste éberluée, révoltée intérieurement. Pas l’once d’une proposition !…
Je suis écoeurée je crois, et j’éprouve beaucoup de peine pour Huguette.
Je rentre chez moi. La route me semble interminable. Je suis submergée par l’incompréhension la plus absolue.
Je n’ai aucune colère, je déteste cela. Agacée, voire plus, oui, être remplie de colère, je ne veux pas et ne sais pas faire.
J’arrive enfin à la maison et c’est une délivrance. Le téléphone sonne … Je ne réponds pas.
Je m’allonge sur le canapé, je ferme les yeux et ……
Des larmes contenues s’échappent doucement.
« Mamie Nova » s’en est allée et (indépendamment d’Huguette, pour qui la relation était toute autre) je lui ai dit « au revoir » avec des fleurs, comme je pense que l’on agit de la sorte en pareille circonstance.




